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Empoisonnés par leurs patrons, ils demandent justice

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Victimes de cancers professionnels, les anciens verriers de Givors se heurtent 
au mur de l’argent.
Ils ont donné leur vie à la verrerie… leur santé aussi. Comme seul remerciement du patron, ils ont reçu une lettre de licenciement en 2003, après que Danone s’est débarrassé de l’usine de Givors à BSN-Glasspack, mais aucune attestation d’exposition aux produits toxiques, qui les tuent pourtant à petit feu depuis des années. Depuis environ deux ans, ils sont des dizaines à se battre sans relâche pour que leurs cancers soient reconnus comme ayant été causés par leurs conditions de travail. Ces anciens ouvriers de la verrerie de Givors (Rhône) connaissent en effet une probabilité de développer un cancer au minimum dix fois plus élevée que dans les autres professions, d’après une enquête qu’ils ont eux-mêmes réalisée auprès de leurs anciens collègues. «  On était en permanence dans un nuage de poussière  », se souvient Christian Cervantes, trente-trois ans de carrière à la verrerie de Givors et atteint d’un double cancer. Malgré les fiches de toxicité qui prouvent la nocivité des produits cancérogènes mutagènes et reprotoxiques auxquels ils ont été exposés jusqu’à la fermeture de l’usine en 2003, leur ancien patron refuse de fournir les attestations d’exposition à ces produits toxiques que le Code du travail l’oblige pourtant à délivrer. Cependant, les propriétaires successifs, le groupe 
Danone – dont la verrerie de Givors fut la première pierre de l’empire Riboud – puis BSN-Glasspack, aujourd’hui fondu dans OI Manufacturing, étaient pleinement conscients de la dangerosité du processus de production. «  Même leurs protections étaient en amiante  !  » témoigne la veuve d’un ancien verrier, le seul jusqu’à maintenant qui ait pu obtenir la reconnaissance de maladie professionnelle… la veille de son décès. «  Il avait le “bon cancer”, qui rentrait dans les bonnes cases du tableau de la Sécu  », explique-t-elle, amère. Face aux innombrables recours que les anciens verriers ont déposés auprès des autorités sanitaires, tous restés sans réponse, la colère est grande. «  On se heurte à un mur, qui est celui du patronat  », affirme Laurent Gonon, ami de longue date de Christian Cervantes et chercheur en sciences sociales, qui a décidé de prendre le dossier à bras-le-corps. «  La médecine du travail, la Sécu et l’État couvrent les patrons… Cela se comprend, l’enjeu est considérable  : il y a encore 250 verreries en France  », poursuit-il. En effet, s’attaquer aux intérêts de Danone ou d’OI Manufacturing, premier producteur mondial d’emballages en verre, l’État et la justice sont loin d’en avoir l’intention  : «  On travaille toujours dans les mêmes conditions  », témoigne Gilles Gabert, ouvrier à la verrerie OI Manufacturing de Veauche (Loire) et secrétaire CGT au CHSCT, qui affirme pourtant que des systèmes de protection plus efficaces commencent à exister. Pour élargir ce combat pour la reconnaissance de leurs maladies professionnelles, les anciens verriers de Givors ont décidé, avec l’union départementale de la CGT du Rhône, de lancer un comité de soutien et de multiplier les actions afin de se faire entendre.

Loan Nguyen


Voir en ligne : L’humanité