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L’autre salon ! Edition 2013. Discours de René Balme

par René Balme | Catégorie : Discours | consulté 474 fois | 0 commentaire(s)


Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

L’Autre Salon ! de Grigny, occupe toujours cette place singulière au sein des manifestations consacrées au livre, à la lecture et à la presse alternative. Il demeure un des rares, organisé par une collectivité qui propose depuis sa création d’entrer en dissidence, en résistance et depuis quelques années en désobéissance.

Faut-il rappeler que la commune est le dernier lieu de résistance et de proximité. Le dernier endroit où l’on peut encore mener des expériences, où l’on peut défricher. Le dernier lieu ou la démocratie peut s’exercer, pleinement, comme c’est le cas à Grigny qui est une des rares commune de France à avoir eu le courage de mettre en œuvre une démarche participative ayant abouti à un budget participatif qui représente, aujourd’hui, plus de 60 % du budget d’investissement.
A Grigny, se sont les habitants qui votent le budget participatif. Et les élus s’engagent à l’intégrer dans le budget général de la ville, sans y toucher.

Cette expérience nous l’avons couchée sur le papier avec Serge Rivron et publié à la Passe du Vent.

Soyez tous conscient que, demain, les futures métropoles donneront le coup de grâce aux communes et à leurs compétences mettant un terme à ces expérimentations dont je parlais précédemment. Éloignant définitivement et durablement les centres de décision des citoyens la métropole portera le coup de grâce aux initiatives culturelles progressistes, telles que nous les menons sur le territoire de la commune, et certainement à notre salon du livre et à l’esprit qui l’anime.
Ayez tous à l’esprit qu’avec la Métropolisation, il s’agit de la plus importante attaque contre les acquis de la révolution de 1789, contre toutes les gestions de proximité, contre le vivre ensemble, contre le bien vivre que nous affectionnons particulièrement à Grigny.

Grigny est une ville belle et rebelle. Une ville d’histoires, de résistances et de désobéissance.

Nous nous opposons avec fierté aux OGM, à l’AGCS, aux expulsions locatives (voilà plus de 10 ans qu’il n’y a pas eu d’expulsion locative sur le territoire de la commune !)

Nous procédons à des semis désobéissants et nous le disons.
Nous affirmons haut et fort que ce qui est légal n’est pas forcément légitime. Et donc, dès l’instant ou la loi porte atteinte à l’intégrité physique et morale de l’être humain, nous avons décidé de ne pas l’appliquer.

C’est pour cela que nous organisons le forum national de la désobéissance depuis 3 ans, avec Paul Ariès et le mensuel les Z’indignés.
Nous n’avons, donc, pas que des amis, tant au niveau local que national. Témoin cette attaque en règle portée contre moi par Rue 89 et ses écrivaillons mercenaires m’accusant d’être entré dans la catégorie des rouges-bruns, des conspirationistes, voire, même des antisémites. Car ces idiots utiles, incultes s’il en est, n’ont toujours pas fait la différence entre l’antisionisme et l’antisémitisme.
Et le maire de Grigny qui avait fait de Salah Hamouri son citoyen d’honneur, qui se bat contre l’occupation de la Palestine, qui parraine des prisonniers palestiniens, qui dénonce le racisme d’État, et les autres, qui conteste les versions officielles servies par des commissions à la solde, était une cible de choix ; un homme a abattre !
Raté ! La tentative d’assassinat politique a fait long feu et le nombre de elles et de ceux qui ont pris ma défense n’a cessé de grandir depuis.
Cet épisode a été sans doute le déclencheur qui m’a amené à publier à la Passe du Vent un livre à partir d’une longue discussion que j’ai eue avec Thierry Renard. Je me ferai un plaisir de le dédicacer sur le stand de la Passe du Vent.

Il ne fait pas bon désobéir au système, dénoncer les révolutions colorées servies en kit, dénoncer les aventures coloniales, auxquelles notre pays participe, malheureusement... Il ne fait pas bon contester, ni se battre pour des idées généreuses, quand ces idées s’opposent à la loi du marché.
Il ne fait pas bon, dans cette France où le racisme ordinaire s’installe avec la bienveillance du pouvoir en place...
Il ne fait pas bon, donc, être élu de la République en ayant l’âme révolutionnaire et en posant des actes forts pour que l’être humain soit définitivement placé au centre des toutes les préoccupations.

Et cela me ramène à l’origine de ce salon. 1998 et la parenthèse Millon qui avait fait alliance avec l’extrême droite pour conserver la présidence de la Région. Souvenez-vous, c’est en réaction à cette alliance que nous jugions tous inadmissible, que s’est créé ce salon. Et aujourd’hui, 15 ans après, le constat est que nous avons régressé puisque la droite recycle sans vergogne les idées de l’extrême droite sans que cela ne provoque de grandes réactions.

L’espace de cerveau disponible que nous vendent l’ensemble des médias semble progresser inexorablement. Et si notre salon du livre existe c’est bien en réaction à ce décervellement permanent.

Nous nous battons contre un projet de société qui s’est donné pour mission de nier l’être humain pour le ramener dans un espèce d’esclavage moderne où seuls les marchés, le pouvoir et la consommation effrénée, auraient un sens.

Nous, à Grigny, nous avons décidé de placer l’être humain au centre de notre action politique. Nous avons opté pour la décroissance et pour les villes lentes. C’est vous dire que nous allons a contre courant... et que nous sommes critiqués, notamment sur cette manifestation. Notre opposition la traite toujours et encore de salon gauchiste et partisan, certains autres trouvent que c’est un salon politisé – comme si faire de la politique était une maladie honteuse ; comme si l’attribution du Prix Goncourt n’était pas, en soi et de plus en plus, une démarche politique !
Oui, nous faisons de la politique, mais de la manière la plus noble qui soit et nous ne travaillons pas pour les multinationales mais pour l’être humain.
Nous sommes porteurs d’autres utopies qui ne s’écrivent pas à l’aune du CAC 40 et des cotations boursières. Nos utopies ne se reflètent pas dans l’éphémère ou l’obsolescence programmée.

L’Autre Salon ! est un des rares qui, depuis plus de 15 ans, participe à mettre dans la lumière un travail exceptionnel et exemplaire.
Et vous ne trouverez pas chez nous, en tête de gondole, des célébrités de la télé réalité, des philosophes autoproclamés, des marchands de papier et autres auteurs ou livres mercantiles dont le contenant prime sur le contenu.

Ici les auteurs et les éditeurs ne sont pas coupés des réalités quotidiennes : ils connaissent les quartiers populaires, la banlieue, l’odeur du métro et des transports en commun... et les fins de mois difficiles.
Et le médias indépendants, même si leurs journalistes n’ont pas de carte de presse, portent un éclairage salutaire face à un presse qui, elle, se contente de recopier méthodiquement les dépêches d’agence et prend ses sources à l’abreuvoir de la petite élite consanguine qui fait mine de gérer les affaire publiques.

Continuons à alimenter cette lutte qui rend les esprits libres et donc indépendants..... Et même si notre manifestation à lieu dorénavant que tous les deux ans, je vous donne rendez-vous en 2015 pour une 15ème rencontre autour de l’Autre Salon ! en remerciant celles et ceux qui ont participé a son organisation et son succès.

Mais avant de conclure, comme toute les années permettez moi quelques vers de Ferré, auquel nous avons donné le nom à notre médiathèque et dont le prix littéraire qui porte son nom va être attribué dans quelques instants.

L’imagination est une mer sans fond
Imagine... Imagine...

Nous étions moi et moi... Et qui ? Nous marchions, le foulard à la gorge… Le goudron de la rue effaçait tout, pardi ! L’intelligence insurrectionnelle... L’insurrection, vas, c’est le devoir des mecs debout ! Et tu dois leur répondre : "Debout !" Nous étions des millions et des meilleurs à nous chiffrer… Et moi, je suis parti parce que j’étais de trop… Et maintenant... Plus rien ! Peut-être une musique, quelque part, et jouée avec des percussions puisqu’il en faut... Pas vrai ? Quelle horreur le tempo ! Il fallait le mot juste derrière la musique… Et ça urgeait… Il y a toujours urgence à faire et à défaire… N’oublie pas ! Le monde est un soulier toujours lacé… Alors... Défais, défais, défais !

Ça urgeait dans les coulisses de ce navire… Accroché aux pavés… Tu te souviens ? Nous sommes en mer… Nous dérivons… Tu dérives… Je dérive… Tu chavires… Tu m’enivres… O mon amour, ancien déjà, qui sent la rampe… Comme quand on était petit, tu te souviens ? Celle par où je dévalais mon oeil vers mon oeil de secours… Par où je t’avalais… Par où je t’initiais aux salaires du ventre… Et du ventre mouillé… Du ventre à essorer comme une éponge… Et cette éponge, c’est mon fils ! Et mon fils c’est peut-être toi ! A travers ce géant qui nous arrive et qui bientôt nous cueillera comme des roses.

Vint alors le printemps
Comme une draperie
Sur nos corps éblouis

(Léo Ferré, l’Opéra du pauvre.)

René Balme
Maire de Grigny
le 16 novembre 2013

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