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Paul Ariès soutient la proposition de loi sur la démocratie participative portée par le "Réseau national de la démocratie participative"

par René Balme | Catégorie : En France | consulté 767 fois | 0 commentaire(s)


Sources : CIDEFE

Paul Ariès, Politologue, rédacteur en chef du mensuel les Z’indigné(e )s. Auteur de « Nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes ! », « éloge de la démocratie participative », Max Milo, septembre 2013

"J’ai décidé de soutenir activement la proposition de loi sur la démocratie participative portée par le Réseau national de la démocratie participative.

J’observe depuis des années la créativité extraordinaire de dizaines de milliers de citoyens et de centaines de villes qui inventent jour après jour cette démocratie de proximité et je peux témoigner qu’entre le 1er Forum national de Grigny (2009), celui de Bourg-lès-Valence (2010), celui de Gennevilliers (2012) et celui d’Allones (2013) beaucoup a été expérimenté et engrangé malgré les insuffisances et les blocages juridiques.

Il y a urgence cependant à ce que le Parlement français adopte une nouvelle loi cadre. La crise de la démocratie est aussi grave que les crises économiques, sociales, écologiques, il suffit pour s’en convaincre d’écouter ce que disent les spécialistes :

Jacques Rancière, « La haine de la démocratie » (la Fabrique, 2005), Emmanuel Todd, « Après la démocratie » (Gallimard, 2009), Yves Charles Zarka, « Démocratie, état critique » (Armand Colin, 2010), Cynthia Fleury, « Les pathologies de la démocratie », (Fayard, 2005), Luciano Confora, « La démocratie, histoire d’une idéologie », Le Seuil, 2006), Pierre Rosanvallon , « La contre-démocratie », (Le Seuil, 2006).

L’avenir même de la démocratie politique est véritablement menacé. Disons le tout net, les citoyens n’ont pas conscience de la gravité de cette crise et les réponses juridiques et institutionnelles ne sont pas encore à la hauteur des enjeux !

Nous ne résoudrons pas notamment le chômage, la dette sociale, la crise écologique sans un surcroit de démocratie, sans développer une démocratie de proximité, sans remettre en cause cette façon abstraite de faire de la politique qui éloigne toujours plus l’élu de l’électeur, sans miser sur l’intelligence collective des groupes citoyens !

Nous ne partons heureusement pas de rien pour « démocratiser la démocratie ». Nous avons déjà dans notre musette les expériences des territoires engagés dans cette aventure, certains depuis peu, d’autres comme Martigues depuis trente ans. L’urgence est à mutualiser ces expériences, à leur donner enfin un cadre légal…

Beaucoup de villes, de communautés, ont labouré bien au-delà de la loi de 2002.

Une véritable démocratie participative est indispensable aujourd’hui pour rendre du pouvoir au peuple, pour défendre l’égalité politique c’est-à-dire le droit de n’importe qui à être l’égal de n’importe qui et à pouvoir parler en son nom sur la scène publique. Une véritable démocratie participative est indispensable pour transformer la société, pour donner de la chair au droit aux expérimentations locales reconnues par la loi du 13 août 2004 sur la base de l’article 37-1 de la Constitution de 1958.

La démocratie participative n’est pas un instrument de guerre contre la démocratie représentative, déjà parce que, sauf à croire à une société totalement homogène, nous avons besoin d’une démocratie délibérative pour construire l’intérêt général, ensuite parce que, sauf à croire à une société totalement transparente, nous avons besoin d’une mise en scène et d’une mise en signes du pouvoir et du peuple.

La démocratie participative fonctionne donc autrement selon ses propres règles. Elle est une façon de défendre l’idée même de l’égalité politique, c’est-à-dire le droit de n’importe qui à être l’égal de n’importe qui et à pouvoir parler sur la scène publique.

Elle est une façon de combattre le sentiment d’inutilité de tant de citoyens et de citoyennes au moment où le chômage tend à multiplier les individus superflus.

Elle est une façon de contourner la méfiance et pire encore l’indifférence à l’égard du politique notamment de la part des plus faibles, des plus pauvres, des plus jeunes. Fait-il rappeler que l’âge moyen de l’électeur est de 53 ans, bien au-delà de celui des indignés ?

Faut-il rappeler que ce sont les pauvres et les naufragés du système qui forment les plus gros bataillons d’abstentionnistes et de déçus de la politique.

Nous avons besoin de cette nouvelle loi pour faire une autre politique tout autrement. Je fais le pari que seule une véritable démocratie participative permettra de régler ces deux scandales majeurs, au regard des lois de la République, que sont ce cens caché qui exclut tant de gens de la politique et le non-recours aux droits sociaux.

Ce sont les mêmes qui ne votent pas et qui ne sollicitent pas les aides auxquels ils ont droit. La République n’est plus légitime lorsqu’elle ne se donne pas les moyens juridiques de faire respecter ses propres grands principes constitutionnels et ses propres lois. Soixante dix ans après le programme du Conseil National de la Résistance… nous avons besoin de démocratie participative pour co-écrire de nouveaux jours heureux".

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