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11 novembre 2012 - Discours de René Balme

par René Balme | Catégorie : Discours | consulté 1490 fois | 1 commentaire(s)


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Discours de René Balme, maire de Grigny 69520

Il y a quatre-vingt-quatorze ans prenait fin la terrible épreuve que fut pour la France, l’Europe et le monde la première guerre mondiale. Alors que les témoins directs ont tous disparu, nous avons un devoir de mémoire pour dire au plus grand nombre et aux jeunes générations ce que furent les quatre années de combat au cours de cette guerre qui a endeuillé le monde entier et plus particulièrement la France.

8 millions de français furent mobilisés. Ils avaient entre 19 et 51 ans. A l’armistice, il fut dénombré plus de 1 300 000 morts dont un quart avait moins de 28 ans ; plus de
3 000 000 de blessés, 60 000 amputés, 500 000 malades.

A l’horreur des combats et des massacres s’ajoutait la folie de certains hommes ou leur incompétence à diriger les combats. Cela aboutit à la révolte des soldats et à la mutinerie de 1917. Ces mutineries qui sont encore placées sous silence aujourd’hui puisque les archives ne sont toujours pas accessibles. C’est une justice d’exception qui est mise en place en quelques jours au sein d’un État démocratique. Environ 3 500 condamnations, en rapport avec ces mutineries, furent prononcées par les conseils de guerre avec une échelle de peines plus ou moins lourdes. Il y eut entre autres 1 381 condamnations aux travaux forcés ou à de longues peines de prison et 554 condamnations à mort dont 49 furent effectives.

Il faut répéter ces choses là, lire les témoignages de ceux qui ont survécu et, en se recueillant sur la mémoire de ceux qui sont tombés sous les balles ennemies, avoir une pensée pour ceux qui ont été exécutés par les pelotons français pour avoir osé se mutiner et dénoncer l’horreur de cette guerre et la tuerie inutile.

Lors du déclenchement de la guerre en août 1914 tout le monde était convaincu que l’écrasement de l’Allemagne n’était qu’une question de jour et que triompherait la liberté et la démocratie. La réalité, bien vite, devait s’avérer toute autre et chacun la connaît.

Le 11 novembre 1918 à 10 h 50 le dernier soldat français tomba sous les balles allemandes. Peu de temps après l’armistice était signée.
Les leçons de l’histoire ne sont jamais comprises et la mémoire reste fragile. La soif de pouvoir ou d’argent aveugle trop souvent les hommes au point de recommencer sans cesse les mêmes erreurs. Les promesses de fin de conflit sont rarement tenues et le « plus jamais ça » n’aura pas tenu longtemps. 20 ans plus tard c’était le même recommencement.

Ayons bien à l’esprit, que les conflits, aujourd’hui, comme hier, quoi que l’on nous en dise, ont toujours pour origine ou pour but la domination de l’autre pour s’accaparer ses richesses ou pour permettre de mettre en place des gouvernements à la solde des grandes puissances financières. C’est le cas en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie, en Afrique et dans bien d’autres parties du monde.

Il y a les gouvernements, les technocrates, les administrations, les multinationales, les marchands de canons – ceux qui tirent les ficelles – les pseudos philosophes va-t-en-guerre et puis il y a le peuple qui lui, subit et souffre. Le peuple qui ne demande pourtant qu’à vivre en paix et en harmonie avec ses frères et ses voisins et c’est le peuple qu’on manipule, qu’on assassine et qu’on massacre.

C’est cette triste réalité qui guide le monde aujourd’hui. C’est au nom de cette réalité là que le mensonge d’État et la stratégie de la peur s’installe et se planifie pour justifier des mesures de plus en plus liberticides et des lois qui, au prétexte de nous protéger, nous rendent esclaves d’un pouvoir particulièrement soumis à l’ordre économique et financier mondial.

Et comme l’édition et la presse sont entre les mains des marchands de canons, il n’est pas rare d’assister à une réécriture méthodique de l’Histoire de France, notamment dans les manuels scolaires et à une désinformation quotidienne.

L’initiative qui avait été prise l’an dernier et relayée par un message de la présidence de la Réplique disant :
« … désormais, chaque 11 novembre, tous ceux qui ont donné leur vie pour la France, que ce soit pour la défense de la Patrie ou lors des opérations extérieures auxquelles notre pays participe, seront également associés à cet hommage solennel de la Nation. ».
Cette initiative est confirmée et le 11 novembre sera la date où l’on commémorera les morts de toute les guerres. Cet amalgame fait entre les « poilus » de 14/18 morts pour libérer notre pays et les soldats professionnels tués dans des aventures coloniales est particulièrement choquant.

Je l’avais dit l’an dernier, je le répète aujourd’hui : y a lieu, tout de même, de ne pas confondre une armé d’occupation et une armée de libération.

Si nous nous inclinons et nous inclinerons toujours devant les morts de toutes les guerres, quelque soit le champ de bataille nous savons, aussi, qu’il n’y a pas de guerre juste.

Au cours des dernières années, notre pays s’est associé ou s’est engagé directement dans des aventures guerrières coloniales sans que la représentativité populaire n’ait eu à
donner son avis, faut-il le rappeler.

Le mensonge d’État a toujours servi de prétexte au déclenchement des hostilités et les soldats qui sont tombés dans ces guerres coloniales ne sont pas tombés pour que « notre drapeau, lui, jamais ne tombe » mais pour défendre les intérêts des grandes compagnies pétrolières, financières et autres multinationales que la reconstruction des ces pays va enrichir, plus encore.

Souvenons nous de tous ces pays souverains déstabilisés, détruits, anéantis – par les soldats de l’OTAN - et aujourd’hui ravagés par la guerre civile ou sous la coupe de régimes où la démocratie est absente, à la solde de puissances étrangères et notamment des USA.
Ce sont des milliers d’êtres humains, femmes, enfants, hommes, vieillards qui sont tombés sous les bombes et les balles de l’OTAN ces dernières années et notre pays a été à l’initiative parfois, il faut le rappeler. Je souhaite que personne ne l’oublie et que les tentatives de réécriture de l’histoire soient vouées à l’échec par notre vigilance commune.

Je souhaite, aussi, que l’on n’oublie pas le milliard de personnes qui sont sous-alimentées dans le monde et qui disposent de moins de 190 calories par jour – dont 820 millions dans les pays en voie de développement.
On le sait, le pouvoir, les pouvoirs trouvent toujours de l’argent pour renflouer les banques, venir au secours des spéculateurs, financer l’armement et les conflits. Et cet argent, quoi que l’on en dise est bel et bien pris dans la poche des contribuables.
Autrement dit, la domination du monde par le pouvoir financier et les firmes multinationales s’accomplit avec la complicité active des gouvernements et de leurs dirigeants.

Les soldats de 14/18, les résistants de 39/45 n’ont pas laissé faire eux. Et c’est ce courage là qu’il faut saluer et mettre en avant au moment même ou notre société se délite et où le repli sur soi et le communautarisme rend difficile toute forme de révolte.

Les richesses énergétiques et alimentaires de notre planète sont limitées, tout le monde le sait. Je propose, la encore, le partage plutôt que cette domination qui permet à certaines puissances de s’accaparer tout au détriment de la majeure partie du Monde.

C’est contre cette domination imposée par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et relayée par la commission européenne que je me bats avec la municipalité pour le droit à la santé, le droit à l’éducation pour tous, le droit au logement, le droit à la gratuité des besoins vitaux des gens etc. Et ce combat rejoint celui de ceux qui de par le monde s’opposent à la marchandisation et à la croissance que l’on nous présente comme infinie. Car il est démontré aujourd’hui que c’est bien cette marchandisation à outrance qui conduit à la guerre.

La guerre de 14/18 nous a appris beaucoup de choses qui auraient dû rester gravées dans la mémoire collective pour éviter les recommencements.

Il reste encore beaucoup à faire pour construire ce monde pacifique, libre et fraternel auquel rêvaient les poilus de 14/18, un monde sans armes…

Les enjeux, aujourd’hui, sont énormes. Il est question de la survie de l’humanité, de la survie de nos propres enfants et de nos petits enfants. C’est à cette question que je souhaite que nous réfléchissions en prenant appui sur l’histoire. C’est le meilleur hommage que nous pourrions rendre aux poilus de 14/18.
Souvenons-nous de toutes les guerres, de tous les conflits. Ne laissons pas banaliser la violence, d’où qu’elle vienne et sachons mobiliser, rassembler nos énergies communes pour imposer le seul et unique choix qui devrait être le nôtre : celui de l’homme, celui de la vie, celui de l’avenir.

René BALME
Maire de Grigny
11 novembre 2012

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1 Message

  1. christian dit :

    on aimerait effectivement en savoir plus sur ces mutineries de 1917, face à une guerre qui a mis en oueuvre des gaz,et tout un arsenal chimique qui allait ensuite être utilisé dans l’agroindustrie, pour assouvir la soif de profit de firmes transnationales agrochimiques. Il est effctivement scandaleux de maintenir un capitalisme qui fait crever de faim un milliard d’êtres humains, alors qu’une agriculture bio, relocalisée, pourrait faire vivre 10 milliards d’êtres humains. le livre et le film "solutions locales pour un désordre global" l’expliquent et offrent des perspectives pour sortir de ces remontées des famines. Mais, la fantasme de toute-puissance est un obstacle à cette relocalisation de l’économie, et, de ce point de vue, le projet de l’aéroport de Notre-Dame -des- Landes est emblématique de la destruction de la paysannerie locale, pour assouvir la boulimie de voyages en avion, en pleine crise climatique. Nous sommes tous concernés par cette lutte contre cet aéroport, pour défendre la décroissance de gauche, qui est celle des inégalités. Prendre l’avion à outrance, c’est épuiser les ressources dont ont besoin nos frères humains pour vivre, c’est les affamer, c’est créer des injustices qui menacent la paix dans notre monde. Soutenons cette lutte, suivons-là sur zad.nadir.org


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