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11 novembre 2011 : discours de René Balme

par René Balme | Catégorie : Discours | consulté 3472 fois | 1 commentaire(s)


11 novembre 2011
Discours de René Balme, maire de Grigny 69520

Il y a quatre-vingt-treize ans prenait fin la terrible épreuve que fut pour la France, l’Europe et le monde la première guerre mondiale. Alors que les témoins directs ont tous disparu, nous avons un devoir de mémoire pour dire au plus grand nombre et aux jeunes générations ce que furent les quatre années de combat au cours de cette guerre qui a endeuillé le monde entier et plus particulièrement la France.

8 millions de français furent mobilisés. Ils avaient entre 19 et 51 ans. A l’armistice, il fut dénombré plus de 1 300 000 morts dont un quart avait moins de 28 ans ; plus de
3 000 000 de blessés, 60 000 amputés, 500 000 malades.

A l’horreur des combats et des massacres s’ajoutait la folie de certains hommes ou leur incompétence à diriger les combats. Cela aboutit à la révolte des soldats et à la mutinerie de 1917. Ces mutineries qui sont encore placées sous silence aujourd’hui puisque les archives ne sont toujours pas accessibles. C’est une justice d’exception qui est mise en place en quelques jours au sein d’un État démocratique. Environ 3 500 condamnations, en rapport avec ces mutineries, furent prononcées par les conseils de guerre avec une échelle de peines plus ou moins lourdes. Il y eut entre autres 1 381 condamnations aux travaux forcés ou à de longues peines de prison et 554 condamnations à mort dont 49 furent effectives.

Il faut savoir ces choses là, lire les témoignages de ceux qui ont survécu et, en se recueillant sur la mémoire de ceux qui sont tombés sous les balles ennemies, il faut aussi, avoir une pensée pour ceux qui ont été exécutés par les pelotons français pour avoir osé se mutiner et dénoncer l’horreur de cette guerre et la tuerie inutile.

Lors du déclenchement de la guerre en août 1914 tout le monde était convaincu que l’écrasement de l’Allemagne n’était qu’une question de jour et que triompherait la liberté et la démocratie. La réalité, bien vite, devait s’avérer toute autre et chacun la connaît.

Le 11 novembre 1918 à 10 h 50 le dernier soldat français tomba sous les balles allemandes. Peu de temps après l’armistice était signée.

Les leçons de l’histoire ne sont jamais comprises et la mémoire reste fragile. La soif de pouvoir ou d’argent aveugle trop souvent les hommes au point de recommencer sans cesse les mêmes erreurs. Les promesses de fin de conflit sont rarement tenues et le « plus jamais ça » n’aura pas tenu longtemps. 20 ans plus tard c’était le même recommencement.

« Quand les riches se font la guerre, se sont les pauvres qui meurent » affirmait Jean-Paul Sartre. Et cette affirmation se vérifie depuis, et plus particulièrement aujourd’hui où la démarche guerrière de l’OTAN sème le trouble et la mort au quatre coins de la planète.

Ayons bien à l’esprit, que les conflits, aujourd’hui, comme hier, quoi que l’on nous en dise, ont toujours pour origine ou pour but la domination de l’autre pour s’accaparer ses richesses ou pour permettre de mettre en place des gouvernements à la solde des grandes puissances financières. C’est le cas en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Afrique – notamment en Côte d’Ivoire – et dans bien d’autres parties du monde.

Il y a les gouvernements, les technocrates, les administrations, les multinationales, les marchands de canons – ceux qui tirent les ficelles – les pseudos philosophes va-t-en-guerre et puis il y a le peuple qui lui, subit et souffre. Le peuple qui ne demande pourtant qu’à vivre en paix et en harmonie avec ses frères et ses voisins et c’est le peuple qu’on manipule, qu’on assassine et qu’on massacre.

C’est cette triste réalité qui guide le monde aujourd’hui. C’est au nom de cette réalité là que le mensonge d’État et la stratégie de la peur s’installe et se planifie pour justifier des mesures de plus en plus liberticides et des lois qui, au prétexte de nous protéger, nous rendent esclaves d’un pouvoir particulièrement soumis à l’ordre économique et financier mondial.
Et comme l’édition et la presse sont entre les mains des marchands de canons, et placées désormais sous le contrôle complice de l’État, il n’est pas rare d’assister à une réécriture méthodique de l’Histoire de France, notamment dans les manuels scolaires et à une désinformation quotidienne.

A ce propos, permettez-moi de m’élever contre l’initiative prise par le Président de la République, relayée par le Préfet et qui somme les maires de lire lors de cette cérémonie le message surprenant de Monsieur Sarkozy dont je vous cite un extrait :

« … désormais, chaque 11 novembre, tous ceux qui ont donné leur vie pour la France, que ce soit pour la défense de la Patrie ou lors des opérations extérieures auxquelles notre pays participe, seront également associés à cet hommage solennel de la Nation.

Aujourd’hui, en ce début de XXIème siècle, nos troupes sont engagées en Afrique, au proche Orient, en Afghanistan et des soldats continuent de tomber sous le drapeau Français pour que note drapeau, lui, jamais ne tombe. »

Si nous nous inclinons et nous inclinerons toujours devant les morts de toutes les guerres, quelque soit le champ de bataille nous savons, aussi, que cette envolée lyrique est censée nous faire oublier qu’il n’y a pas de guerre juste. L’histoire nous l’a démontré, notamment pour ce qui concerne les guerres coloniales auxquelles la France à participé et continue de participer.

Au cours des dernières années, notre pays s’est associé ou s’est engagé directement dans des aventures guerrières coloniales sans que la représentativité populaire n’ait eu à donner son avis, faut-il le rappeler.

La dernière en date, et qui déshonore notre pays, de la même manière qu’il s’est déshonoré en son temps au Vietnam, à été portée par un philosophe autoproclamé parti en croisade contre un pays souverain pour y assassiner son chef de l’État.

Outre qu’un coup d’état, porté et revendiqué par l’Otan, est une grande première dans l’histoire des nations, le prétexte invoqué dénote une méconnaissance totale du fonctionnement intérieur du pays en question.

Le mensonge d’État a toujours servi de prétexte au déclenchement des hostilités et les soldats qui sont tombés dans ces guerres coloniales ne sont pas tombés pour que « notre drapeau, lui, jamais ne tombe » mais pour défendre les intérêts des grandes compagnies pétrolières, financières et autres multinationales que la reconstruction des ces pays va enrichir, plus encore.

Sauf que ce sont des milliers d’êtres humains, femmes, enfants, hommes, vieillards qui sont tombés sous les bombes et les balles de l’OTAN ces derniers mois et c’est la France qui a armé le bras des assassins. Je souhaite que personne ne l’oublie et que les tentatives de réécriture de l’histoire soient vouées à l’échec par notre vigilance commune.

Je souhaite, aussi, que l’on n’oublie pas le milliard de personnes qui sont sous-alimentées dans le monde et qui disposent de moins de 190 calories par jour – dont 820 millions dans les pays en voie de développement.

On le sait, le pouvoir, les pouvoirs trouvent toujours de l’argent pour renflouer les banques, venir au secours des spéculateurs, financer l’armement et les conflits. Et cet argent, quoi que l’on en dise est bel et bien pris dans la poche des contribuables.

Autrement dit, la domination du monde par le pouvoir financier et les firmes multinationales s’accomplit avec la complicité active des gouvernements et de leurs dirigeants. Et il n’est pas excessif de penser et de dire que l’action du gouvernement (Français) - qui est responsable, de par ses choix, de la crise - est dirigée, aujourd’hui, essentiellement contre le peuple.

Le fait que les efforts soient demandés à nos concitoyens et aux plus pauvres, en particulier, pendant que les riches sont protégés mériterait qu’un vent de révolte salutaire prenne corps pour rappeler à l’État qu’il se doit de protéger le peuple et non pas seulement une caste.

Les soldats de 14/18, les résistants de 39/45 n’ont pas laissé faire eux. Et c’est ce courage là qu’il faut saluer et mettre en avant au moment même ou notre société se délite et où le repli sur soi rend difficile toute forme de révolte.

Les richesses énergétiques et alimentaires de notre planète sont limitées, tout le monde le sait. Je propose, la encore, le partage plutôt que cette domination qui permet à certaines puissances de s’accaparer tout au détriment de la majeure partie du Monde.

C’est contre cette domination imposée par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et relayée par la commission européenne que je me bats avec la municipalité pour le droit à la santé, le droit à l’éducation pour tous, le droit au logement, le droit à la gratuité des besoins vitaux des gens etc. Et ce combat rejoint celui de ceux qui de par le monde s’opposent à la marchandisation et à la croissance que l’on nous présente comme infinie. Car il est démontré aujourd’hui que c’est bien cette marchandisation à outrance qui conduit à la guerre.

La guerre de 14/18 nous a appris beaucoup de choses qui auraient dû rester gravées dans la mémoire collective pour éviter les recommencements.

Il reste encore beaucoup à faire pour construire ce monde pacifique, libre et fraternel auquel rêvaient les poilus de 14/18, un monde sans armes…

Les enjeux, aujourd’hui, sont énormes. Il est question de la survie de l’humanité, de la survie de nos propres enfants et de nos petits enfants. C’est à cette question que je souhaite que nous réfléchissions en prenant appui sur l’histoire. C’est le meilleur hommage que nous pourrions rendre aux poilus de 14/18.

Souvenons-nous de toutes les guerres, de tous les conflits. Ne laissons pas banaliser la violence, d’où qu’elle vienne et sachons mobiliser, rassembler nos énergies communes pour imposer le seul et unique choix qui devrait être le nôtre : celui de l’homme, celui de la vie, celui de l’avenir.

René BALME
Maire de Grigny
11 novembre 2011

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1 Message

  1. Roucheux dit :

    Tout à fait en accord avec votre discours. Puisse des hommes comme vous être plus nombreux


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