Le monopole de la presse locale ne conduit pas vers le progrès

Pour porter un jugement, quel qu’il soit, sur un homme, un groupe d’individus, une collectivité, un pays, il faut s’être imprégné de son histoire. Il faut chercher à comprendre le cheminement qui a fait que les choses sont, telles qu’elles semblent apparaître. L’histoire est le fondement de toute pensée objective et de toute construction collective. C’est pour cette raison que les marchands de canons se la sont appropriée.

Un jeune pigiste d’un journal local que je ne nommerai pas mais que tout le monde reconnaitra m’interrogeait au téléphone sur les festivités du 14 juillet. « Et donc, que se passera-t-il à Grigny pour le 14 juillet ? Que propose la municipalité ? » Rien de particulier répondis-je ? Non, rien et depuis 1977 la Ville de Grigny n’organise pas de cérémonies particulières pour fêter le 14 juillet. Cette prise de position téléphonique s’est traduite par un titre accrocheur et qui ne correspond en rien à la réalité dans la page locale du journal en question: « Pourquoi la commune boycotte le 14 juillet ?».

La Ville de Grigny ne « boycotte » rien du tout, elle n’organise pas de feu d’artifice. La nuance est suffisamment claire pour être soulignée. Si un jour, elle devait boycotter quoi que ce soit, que ce journal lui fasse confiance, elle lui fera savoir !

Un peu de sémantique s’impose alors : Boycottage ou Boycott nm Cesser volontairement toute relation avec un pays, quelqu’un, une entreprise dans le but d’exercer sur eux une pression ou des représailles. Refuser d’acheter des produits, de participer à un examen, etc. Définition du Larousse.

Par exemple : à titre personnel, je boycotte les produits en provenance de l’État d’apartheid d’Israël.


Qu’on leur donne du pain et des jeux !

J’aurais pu rajouter, certes, mais l’aurait-il compris, que le 14 juillet fêtait une révolution bourgeoise et que, même si la date est importante, le prolétariat, les petites gens, les gens de peu, n’avaient pas eu la parole, ou si peu. La politique à cette époque était surtout, une affaire de spécialistes, de la bourgeoisie du Tiers État à la noblesse en passant par le clergé.

Pour la petite histoire, depuis une dizaine d’années, la Ville de Grigny a cessé de présenter un feu d’artifice, au bord du Rhône, qui se terminait en général par des jets inconsidérés de pétards, y compris dans les poussettes et sur les jeunes enfants. L’utilisation de pétards de toute sorte est interdite et/ou règlementée, mais personne ne se soucie de faire respecter cet arrêté préfectoral. Dont acte. De plus la législation sur l’organisation des feux d’artifice s’étant particulièrement durcie, le maire est responsable de tout en cas d’accident ou d’incident. Et pour finir, il faut faire avec la pluie ou la sécheresse qui force à reporter le tir ! Tout cela, pour un divertissement à 800 euros la minute !
Dans le cadre de la démarche participative de Grigny, les habitants ont abordé plusieurs fois ce sujet et dans le budget participatif, il a été décidé d’utiliser la somme dévolue par le passé au feu d’artifice du 14 juillet en complément d’autres manifestations populaires et conviviales.
Notons également, que dans un périmètre de quelques milliers de mètres les Grignerots sont cernés par les spectacles pyrotechniques que souvent chacun peut observer de son balcon ou de sa fenêtre et qu’il serait plus original – et économique – de mettre des moyens en commun pour proposer un véritable spectacle, incluant la pyrotechnie, avec du contenu et des mesures de sécurité renforcées. Mais non, chacun tient à ses pétards. Dont acte.

La Ville de Grigny a confié, tout d’abord au Comité des fêtes, puis à une association locale l’organisation de la journée festive du 14 juillet – puisque journée festive il y a bien – sur les bords du Rhône à la satisfaction de tous. Les affiches de la manifestation sont placardées sur tous les panneaux prévus à cet effet dans Grigny, encore faut-il que la presse locale ait la volonté de les voir ! Pourtant cette même presse, qui se délecte en mettant en avant que ce qu’elle juge qui ne va pas et qui, forcément fait vendre, s’offusque. Et, ce faisant, oublie de parler de toutes les manifestations culturelles ou sportives d’envergure organisée par la Ville avec le soutien des associations.
Ce n’est pas un hasard si désormais la rubrique « faits divers » occupe la majeure partie de la couverture médiatique en France.

Nous défrichons, nous cultivons, même l’intelligence !

Le pigiste fraichement débarqué, qui s’essaya à dénigrer l’action municipale grignerote, sait-il au moins l’École l’Art et la Ville ? Le symposium de sculpture ? L’autre salon ? La biennale d’art contemporain qui fait escale à la rotonde, dans les souterrains du parc de l’Hôtel de Ville et dans d’autres quartiers de la commune ? La résidence d’auteur ? Le forum de la désobéissance – qui fait l’objet d’un boycott, lui, de toute la presse française, à ce jour ? Et de cette presse locale en particulier.

Sait-il le label Cittaslow ? A-t-il pris le soin de s’informer sur la démarche de démocratie participative unique en son genre et qui fait référence ? Sait-il les repas composé de 30% de produits issus de l’agriculture biologique et de 100% de produits issus de l’agriculture de proximité ? Sait-il que le label ECOCERT va tester sa méthode de certification sur notre cuisine centrale ? Sait-il encore que Grigny est la ville la plus jeune du département ? Sait-il le centre de santé municipal Christian Cervantes porté à bras le corps par la ville et les habitants ?
Sait-il, enfin, que cette liste est très, très longue qui place la Ville de Grigny pionnière dans de nombreux domaines ?

Il suffit de lire la page locale de l’unique quotidien local pour se rendre compte que non, il ne sait pas, ni lui, ni ses supérieurs. Rien. Il sait le silence et le dénigrement. Et le boycott, aussi, en l’occurrence !

Commémorez, ils oublieront l’essentiel !

Et donc, il sait qu’à Grigny la Ville ne commémore pas la journée internationale des femmes, pas plus qu’elle ne commémore d’autres faire-valoir – ceux qui vous offrent l’onctueux sentiment de la bonne conscience – et il le dit très fort le pigiste. Et s’il insiste sur le sujet, c’est qu’il ne sait pas et n’a pas pris la peine de savoir qu’à Grigny, c’est toute l’année, 365 jours par an, que nous nous préoccupons de la condition féminine, que nous intervenons localement, mais aussi nationalement pour défendre les droits des femmes, en France et dans le monde. Il ne sait pas non plus qu’à Grigny 80% de l’ensemble du personnel est du sexe féminin et que 57 % du personnel encadrant est composé de femmes, que les maires adjointes ne sont pas reléguées dans des secteurs mineurs. Sait-il, aussi que ce personnel, et là quelque soit son sexe, est d’une compétence rare et d’une efficacité remarquable ? Et l’on pourrait en dire autant des élus et des élues. Sait-il que le personnel féminin est rémunéré à égalité avec les hommes ? Sait-il, enfin, puisque, là encore la liste est longue, que l’ensemble de nos partenaires ne tarit pas de louanges sur la qualité des relations professionnelles avec le personnel et les élus grignerots ? Tous disent trouver particulièrement agréable et enrichissant de travailler avec la Ville et ses services. Et ils vont même à faire des comparaisons avec d’autres villes que je ne dénoncerai pas ici. En l’absence de toute couverture médiatique, des chercheurs, des universitaires, des politologues, ont produit une littérature particulièrement élogieuse sur la démarche grignerotte, même si elle n’est pas exempte de critiques constructives.

Et oui, depuis 1977 et plus particulièrement depuis 1992 la Ville de Grigny, en décidant, bien avant que ce ne soit à la mode, de placer l’être humain au centre de ses orientations politiques, en pariant sur l’intelligence collective, en additionnant les compétences individuelles, en privilégiant l’expertise d’usage, en décidant une politique d’embauche basée sur les compétences et le parti-pris de la démocratie participative, a fait de cette ville de 9300 habitants un cas à part. Un lieu d’écoute et de convivialité aux relations intergénérationnelles et ethniques particulièrement apaisées. Considérer avant tout l’être humain et le considérer dans son environnement, implique la prise en compte réelle et incontournable des spécificités féminines, masculines, générationnelles, etc., de toutes les spécificités.

Cette histoire qu’écrivent les vainqueurs et les marchands de canons

L’histoire a toujours donné raison à la Ville de Grigny et le silence médiatique est la preuve qu’elle est dans le vrai, elle qui a décidé de ne pas suivre le consensus mou qui mène au renoncement, à l’effacement, à la négation de la conscience humaine et à la dissolution de nos territoires dans la démesure des métropoles. Elle, ses élus et son maire qui ne pratiquent pas la chasse aux honneurs, aux breloques, aux rubans à la boutonnière et à la gloire éphémère.
La Ville de Grigny se bat contre le capitalisme. Oui, ce gros mot est affreusement d’actualité car il résume le tout qui est censé nous servir de société. Il faut le remettre au goût du jour ! Les élus de la majorité municipale sont des révolutionnaires engagés, des utopistes affirmés, des humanistes forcenés. Ils sont des artistes qui peignent l’avenir avec la couleur des peaux qui les entourent, de toutes les peaux ! Ils sont le grain de sable qui pourrait gripper la machine si le plus grand nombre savait et se saisissait de leurs expériences. Ils sont l’arbre dans le vent – qui plie et ne rompt pas – comme le dit si bien Lionel Bourg dans sa préface à un ouvrage d’entretiens que j’ai accordé à Thierry Renard, à paraître à la rentrée de septembre 2013.

Les élus de la majorité municipale se revendiquent prolétaires – cet autre gros mot qu’ils réhabilitent parce qu’ils l’affectionnent et qu’il est dramatiquement d’actualité.

Issus du peuple, ils travaillent pour le peuple, avec lui. Le beau peuple de France multiculturel si mal représenté au parlement et dans les ministères.

La consanguinité des puissants leur importe peu, elle les amène à leur perte et c’est bien ainsi.

Les élus de la majorité municipale de Grigny bâtissent le monde à leur image, coloré des métissages, nourri de langues mêlées créatrices de nouveaux mots que les tenants d’une société de l’immédiateté permanente et de la consommation maladive n’entendent plus, ne veulent pas entendre.

Ils avancent debout, là où d’autres ont choisi de courber l’échine et parfois de s’agenouiller.

Ils résistent et désobéissent, là où d’autres ont décidé de collaborer avec une servilité déconcertante.

C’est pour cela que le journal Le Progrès, car c’est de lui dont il s’agit, mais vous l’aviez deviné, ne rate jamais une occasion de porter de basses attaques contre les élus de la majorité municipale et la politique mise en œuvre. Calomnier et discréditer contribue à une stratégie qui frappe, aujourd’hui, toutes celles et ceux qui osent se rebeller, dire une autre vérité, tenter d’autres expériences…
Le journal Le Progrès a choisi son camp de longue date, celui de la pensée libérale et de la défense du capitalisme outrancier. Les élus de la majorité municipale ont choisi le leur, celui de l’humanisme, de la révolution citoyenne, celui de la démocratie participative, celui des explorations novatrices, celui du vivre ensemble et de l’écoute. Ils ne varieront pas.

Et ils seront patients, car ils savent qu’ils ont raison.

René Balme

Le 10 juillet 2013

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