Viv(r)e la démocratie participaive

Article publié dans le N°5 de la revue Les Zindigné(e)s – mai 2013.

Si la démocratie doit être affublée du qualificatif de « participative » pour exister vraiment, c’est bien parce qu’elle a en a pris un sérieux coup sur le coin de la figure au cours des derniers siècles.

Ce que l’on nomme, aujourd’hui, les démocraties occidentales -puisqu’ailleurs, rien n’est démocratie, c’est bien connu – ressemble beaucoup plus à un fast food où se presserait une foule de décervelés en quête du dernier hamburger mis à la mode par d’incessantes campagnes de publicité qui occupent la partie – qui s’élargit sans cesse – de cerveau disponible.

Oui, tout est publicité, tout est conditionnement, tout est occupation de l’inconscient et le libre arbitre se réduit sans cesse sous la pâle mais efficace lueur des écrans plats qui nous servent de mangeoire. Et qui nous incitent à croire… comme le faisaient en son temps les représentants, autoproclamés de Dieu.

De cette société là, il n’y a rien à attendre de bon, sauf à répéter inlassablement les mêmes lieux communs, à mettre en place, les mêmes inutiles, destinés à perpétuer un système dont on nous a persuadé qu’il était le plus abouti et.. bien sûr irremplaçable.
Et pourtant, il faudra bien le remplacer un jour, puisqu’il est entrain de s’écrouler de lui même entrainant avec lui tout ce que des siècles de réflexion et d’intelligence collective ou individuelle avait produit pour tenter de faire société.

C’est pourquoi, certains, dont nous sommes, se sont laissés aller à imaginer d’autres possibles et à miser, à nouveau, sur l’intelligence collective d’un peuple qui rêve d’insoumission et d’utopies.
C’est ainsi que la démocratie participative a vu le jour, hésitante parfois, communiquante chez certain(e)s, innovante souvent… Cette façon de désobéir, car c’est de cela qu’il s’agit souvent, ne peut laisser indifférent tant l’ingéniosité est à l’œuvre chez les élus, les servies ou les habitants qui font preuve d’une incomparable expertise individuelle qui fait plus que s’additionner pour déboucher sur des joyaux en matière de participation citoyenne. Cette écriture de l’histoire et ces expériences, ne peuvent plus être passées sous silence. Elle deviennent un patrimoine commun que le Réseau National de la Démocratie Participative a décidé de recenser pour aller vers un partage commun d’expérience et d’enrichissement collectif. Cette mission de service public s’appuie sur une démarche permanente d’éducation populaire portée par les communes en partenariat avec le CIDEFE [[Centre d’Informations, de Documentation, d’Études et de Formation des élus. ]].

La Ville de Grigny s’est investie dans sa démarche de démocratie participative à la fin des années 90 en faisant de la démocratie participative sans le savoir : mise en place de conseils de quartiers ; participation des habitants aux grands projets de ville ; co-élaboration de projets urbains, etc. Jusqu’à ce que, en partenariat avec les habitants il soit décidé de jeter les bases d’un budget participatif.

Grigny, sans fausse modestie, peut se targuer d’être pionnière, en France, si ce n’est en Europe en matière de démocratie participative. Forte d’une expérience de 8 années de budget participatif elle compte plus de 1000 personnes investies dans cette démarche.

En 2008, dès le début du mandat, la démarche participative a été placée au cœur du fonctionnement municipal de telle sorte que l’ensemble du fonctionnement des services a été repensé pour faire de la démocratie participative la porte d’entrée du fonctionnement municipal.

Aujourd’hui, ce sont les habitants qui votent le budget participatif co-élaboré par les habitants, chiffré par les services en partenariat avec le groupe de travail du budget participatif dont les membres sont les rapporteurs des propositions lors de la soirée de mise aux voix.
Les élus ne prennent pas part au vote et le budget ainsi voté par les habitants – qui représente 60 % du budget d’investissement de la Ville en 2013 – est intégré dans le budget général de la Ville. Après le vote du budget municipal, une soirée d’analyse critique de l’expérience de l’année écoulée est organisée dans le but d’améliorer sans cesse le processus.

La Ville de Grigny a été à l’origine de la création du Réseau National de la Démocratie participative [[Le Réseau est composé d’élus, de fonctionnaires territoriaux et d’habitants.]] il y a un peu plus d’un an à Gennevilliers sous la co-présidence des maires de Grigny (Rhône), René Balme, de Gennevilliers, Jacques Bourgoin et de Allonnes, Gilles Leproust. En 2012, à Allonnes, 400 participants ont confié la présidence du conseil Démopart [[Démopart : ce mot inventé lors des premières rencontres de Grigny, qui est une contraction de Démocratie et de participative, est entré dans le vocabulaire courant de celles et ceux qui pratiquent la pratiquent.]] – véritable organe politique du Réseau – au maire de Grigny.

La première initiative prise par le Réseau, lors de l’assemblée générale d’Allonnes, fut de se donner les moyens de procéder à la rédaction, de manière participative à l’échelle du Réseau, d’une proposition de loi, portant sur les moyens à mettre en œuvre pour promouvoir et généraliser la pratique de la démocratie participative en France. Elle sera soumise à tous les groupes parlementaires et ceux qui auront décidé de soutenir l’initiative la déposeront sur le bureau de l’Assemblée Nationale.

Le 16 février 2013 une rencontre nationale du Réseau national de la Démocratie Participative à laquelle sont invitées de nombreuses villes se tiendra à Firminy dans la Loire pour jeter les bases de cette proposition de loi dont on voudrait qu’elle soit déposée avant l’été.

Aujourd’hui, la Démocratie Participative demeure néanmoins au stade du volontariat. Toute généreuse soit la démarche, les populations de notre siècle méritent qu’elle soit portée au rang des règles d’organisation et de fonctionnement de la société, voire inscrite dans la Constitution comme c’est le cas au Venezuela.

C’est tout le sens que peuvent prendre aujourd’hui les valeurs républicaines généreuses qui inspirent la Constitution française et les principes libérateurs et de rétablissement de la justice sociale du programme du Conseil national de la Résistance dont nous commémorerons le 70è anniversaire cette année.

Au moment où la représentativité populaire a placé tous les pouvoirs de l’État entre les mains de la gauche (Sénat, Assemblée nationale, présidence de la République) : situation politique française historique, il convient de donner des signes forts en faisant bouger les lignes au sein de la gauche. Nos expériences respectives et nos propositions sont de nature à faire évoluer l’esprit même de la démocratie et à re-crédibiliser la politique.

Le Réseau devrait être, aussi, l’outil qui permetra de contrecarrer les velléités de la loi portant réforme des collectivités territoriales, qui, comme c’est le cas dans la région lyonnaise prévoit le passage en force de la mise en œuvre d’une métropole tentaculaire qui va éloigner les centres de décision des habitants en imposant une gestion particulièrement technocratique, et donc anti-démocratique, de cet outil au service des financiers et des transnationales.

C’est pourquoi, le Réseau invite les élus, les futurs élus et les habitants à s’emparer de cette initiative dans le cadre de la campagne électorale pour les prochaines élections municipales de mars 2014. Plus généralement, il insiste pour que la démarche participative soit intégrée dans les programmes soumis au vote des habitants. Le rôle de notre Réseau, son expertise, les liens qu’il a su tisser, n’est donc pas négligeable dans cette période où il convient de se démarquer pour proposer un plan de mandat crédible et innovant à gauche. Un plan qui s’appuie sur des expériences concrètes et bien souvent plébiscitées par la population.

Et notre expérience nous autorise à affirmer que lorsque l’on donne du pouvoir aux gens, ils l’utilisent de bien belle manière.

René Balme
Maire de Grigny
Président du Conseil Démopart au sein du
Réseau National de la Démocratie Participative
www.demospart.org

Comments are closed.