Ecce homo

Je ne te dirai pas ce qui retient les larmes

Et que je fais rimer parfois avec les armes.

Ô la folie des tiens que je ne connais pas !

Je ne sais rien de ce qui toujours te désarme

Et nous fuyons à deux, à trois et même à mille…

Dans quelle direction ? C’est la grande question !

Et nous fuyons perdus, voilés de nos mystères,

Uniques et pourtant si multiples parfois

Quand descend de là-haut quelque chose qui bruisse

Et que nous ne sentons ni ne voulons savoir.

Alors tout doucement la peur nous monte au ventre

Qui nous rend si fragile à la frange des jours.

Quand le regain souvent inonde la campagne

Aux midis triomphants que nous extasions ;

Repus de nos colères, vidés de nos insultes,

Aux quatre vents, tendus et pourtant si dociles,

Nous ne rafraîchissons que l’attente impossible

Qui perce nos soupirs et nous rend inaudibles.

Nous sommes les auteurs d’une vie sans mystère,

Peuplée de raccourcis et de pauvres absences,

Attentifs et figés devant le grand miroir

Qui nous renvoie le soir et dicte nos matins.

Puis la divagation qui reprend de plus belle

Perce sous les futaies ou ravive nos cris.

Je ne connais de Dieu que cette étrange histoire

Qui nous cache la grande et dangereuse énigme

Où l’homme aurait grandi quelque part dans les steppes

Et se serait construit de ses divagations ;

A moins que l’on nous dise un quelconque mystère

Qui viendrait effacer tout ce que l’on a dit.

Je ne te dirai pas ce qui retient la trame

Et que je fais rimer souvent avec les drames.

Ô la lente érosion que la nature donne

A ces corps familiers que l’on nous dit si proches

Qu’on croirait les aimer pour peu que l’on s’égare

À l’approche des jours de la folie des âmes

Et du printemps qui vient fleurir la déraison.

René Balme

Le 4 février 2013

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