Une ville à la campagne

Entretien avec René Balme réalisé par le journal Le Sarkophage.

Qu’est-ce-qu’une politique de gauche pour la Ville de Grigny ?

Définir ce qu’est ou ce que devrait être un politique de gauche, suppose que l’on comprenne bien ce qu’est, à l’inverse, une politique de droite. C’est à dire, une politique mise exclusivement au service du capital et structurée, de longue date, au plan mondial. Un petit rappel historique s’impose.

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, le GATT (l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) est signé par 23 pays, dont la France qui, simultanément est soumise au programme du Conseil National de la Résistance et développe le service public. Le GATT qui n’a aucun statut d’organisation internationale ni pouvoir de sanction, a laissé la place à 153 gouvernements aujourd’hui – et je dis bien gouvernements, c’est à dire qu’il s’agit de hauts fonctionnaires et non d’élus – réunis au sein de l’OMC, pour ordonner, dans tous les sens du terme, l’activité marchande. L’institution aura mis 50 ans à voir le jour et, aujourd’hui, les organisateurs du marché mondial sont dotés d’un pouvoir règlementaire et judiciaire. La France et l’Union européenne ont adhéré à cette supra-puissance dès sa création, le 1er janvier 1995. Cinq ans après, la France et l’Union européenne se retrouvaient parmi les nations les plus actives dans l’anticipation de l’application de l’AGCS, (Accord Général pour le Commerce des Services) lequel vise la privatisation maximum des services publics et la marchandisation maximum des activités à but non lucratif. Le principe de la concurrence libre et non faussée doit s’appliquer partout. De 1947 à aujourd’hui, les présidents de la République, les gouvernements, les parlements, qui se sont succédés ont, non seulement imposé le silence autour de ces pratiques de gouvernance, mais ont, aussi, accompagné et favorisé la mise en œuvre de cette politique ultra libérale.

Après le sabotage des valeurs de solidarité, d’intérêt général et de bien commun, les outils égalitaires doivent être maintenant quotidiennement défendus, en luttant parfois contre les idées reçues, tellement les mentalités ont été bouleversées à coup de révisions de l’Histoire et d’importations culturelles. Piètres et fragiles victoires, assiégées par un président de la République et un gouvernement aujourd’hui dotés de la meilleure des sociétés d’ordres qu’il ait été peut-être depuis la Révolution française. La crise financière de la dernière période ne coûte qu’au citoyen lamda. Aujourd’hui, la Réforme des collectivités territoriales devrait vider de sa substance le pouvoir que le suffrage universel accordait aux représentants du peuple les plus nombreux, les plus légitimes et les plus proches que sont, les quelques 520 000 maires et conseillers municipaux. Elle devrait permettre, en installant à la tête des grandes métropoles et régions une technocratie formée au moule de l’ENA, d’aboutir à la possible commercialisation de toute l’activité publique et associative, comme le préconise justement l’OMC et son Accord Général pour le Commerce des Service.

Face à ce rouleau compresseur du capital, vouloir mettre en œuvre une politique qui placerait l’être humain au centre de toutes les préoccupations relève, non seulement de l’utopie, mais aussi, et nous le confirmons de la gageure.

C’est pourtant cette voie qui a été choisie à Grigny de longue date.

En plaçant l’être humain au centre de sa réflexion, la Ville de Grigny qui compte environ 9 000 habitants, ambitionne une excellence : celle de valoriser les patrimoines naturels, culturels et sociaux en s’assurant que les habitants se les approprient. Grigny est une ville d’Histoire et de résistances. Elle affiche son parti pris contre la globalisation, contre la désinformation et la manipulation de l’opinion, contre la marchandisation, contre la guerre… bref, contre tout ce qui contribue à asservir l’être humain et les peuples. Nos partis pris de cette dernière décennie, par exemple, se sont tournés vers la lutte contre les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), à la faveur de l’agriculture biologique ; la lutte contre les expulsions locatives pour impayés de loyer, à la faveur de la création d’une cellule de veille sociale dont l’efficacité réside dans sa capacité à faire de la prévention auprès des foyers dès qu’ils subissent les premières difficultés à payer leur loyer ; la lutte contre la fermeture de l’hôpital public du secteur, à la faveur de la diversification de son activité ; la lutte contre le mésusage de la voiture, à la faveur de l’organisation des trajets collectifs pédestres des enfants pour aller à l’école ; la lutte contre l’absence de vie sociale, à la faveur d’un important soutien au développement l’activité associative (Grigny compte environ 80 associations dans lesquelles la moitié de la population est investie d’une manière ou d’une autre) ; la lutte contre la mondialisation et la disparition des services publics que nous menons, entre autres, en nous attaquant à l’Organisation Mondiale du Commerce (l’OMC) et à l’Accord Général sur le Commerce des Services (l’AGCS), à la faveur de la relocalisation de l’économie et du développement du service public ; la lutte contre la marchandisation, à la faveur du développement de l’usage du logiciel libre… et du développement du service public. Grigny affiche son parti pris pour s’affirmer comme ville à la campagne où il fait bon vivre et vieillir. Nous maintenons 42 % du territoire de la Commune en espaces verts, naturels et agricoles ; nous favorisons le système des jardins familiaux ; nous défendons les semences paysannes ; nous rénovons le patrimoine immobilier, interdisons les constructions de plus de 4 étages, exigeons que tous les programmes immobiliers respectent la mixité des modes d’accession au logement et la mixité sociale. Les nombreux projets d’urbanisation qui voient le jour respectent la proportion globale de logement social sur la Commune à hauteur de 40 %. Grigny affiche son parti pris de croire en l’intelligence de chacun et développe des modes d’information et de communication dans l’ambition de doter chacun d’esprit critique ; ainsi nous faisons la promotion du documentaire et du livre, à travers des soirées dédiées, à travers notre salon du livre que nos détracteurs qualifient de gauchiste, à travers notre médiathèque municipale qui accueille aujourd’hui un peu plus de 2 500 lecteurs (sur 9 000 habitants, cela semble faire exploser toutes les statistiques françaises de fréquentation) ; nous organisons des débats que nous assumons non contradictoires, car nous estimons que le capitalisme a suffisamment la parole, nous comptons sur le public pour amener cette contradiction, et nous assumons d’avoir raison ! Car, au moins, il s’implique au lieu d’être simplement spectateur ; nous soutenons la création et nous sommes assez fiers d’accueillir maintenant une Cité des artistes et un symposium de sculptures. Enfin, pour conclure sur les actions menées par notre ville, il conviendrait de citer l’ensemble des services municipaux offerts à la population qui reflète bien ce que la volonté politique peut faire d’une petite ville sans moyens financiers extraordinaires, une ville où 50 % des foyers fiscaux sont exonérés d’impôts, une ville qui prend le parti de développer le champ du bien commun. [[
1 conseil municipal de jeunes,
6 conseils de quartier,
1 conseil associatif,
1 conseil communal de l’environnement,
Diffusion vidéo de chaque conseil municipal sur internet,
Élaboration et vote participatif du budget communal,
3 jumelages (Burkina Faso, Québec, Vénézuela),
2 crèches,
1 relais petite enfance,
Près de 1 000 enfants scolarisés,
Fournitures scolaires intégralement procurées par la Ville,
3 écoles maternelles,
3 écoles élémentaires,
3 restaurants municipaux-centres de loisirs,
Fabrication en régie des repas bio (à 25 %) ou issus de l’agriculture locale raisonnée,
450 repas servis, à l’assiette, chaque jour par le restaurant municipal,
Des activités péri-scolaires quotidiennes,
Des classes transplantées,
Des séjours de vacances,
Des interventions culturelles scolaires tout au long de l’année,
1 centre de découverte sportive proposant 17 activités,
2 gymnases,
4 terrains de football,
5 courts de tennis,
2 terrains de basket,
1 terrain de volley,
1 base nautique,
1 terrain de bicross,
1 médiathèque,
1 point information jeunesse,
1 salle des fêtes familiale,
1 salle polyvalente,
2 salles de réunions,
Plus de 800 places de stationnement gratuit,
Un des réseaux d’assainissement en séparatif les plus avancés de Rhône-Alpes,

et enfin :

Initiatrice de la création de 2 zones industrielles, de la Maison de Grigny (usages des technologies de l’information et de la communication), de ViVé (école participative de vidéo)]]

A Grigny, c’est bien l’être humain et lui seul qui nous préoccupe et qui nous inspire dans la mise en œuvre d’une politique de développement du service public de qualité.

Que signifie concrètement pour la Ville de Grigny appliquer l’ idée de ville lente ?

Aujourd’hui dans le brouhaha qui caractérise notre société de consommation.. et de gaspillage, il convient, lorsque l’on a en charge la gestion de la cité, de poser un autre regard sur le monde qui nous entoure afin d’imposer une autre vision d la ville, construite et aménagée autours des besoins vitaux des êtres humains qui la composent.

Le concept de ville lente dans lequel nous nous sommes inscrit est particulièrement proche de tout ce que nous avons mis en œuvre au cours des décennies passées. Nous avions ralenti la ville comme Monsieur Jourdain faisait de la prose ! Sauf que nous le faisons non pas par habitude mais parce que nous avions depuis longtemps – et nos origines cévenoles nous y ont aidé – compris que l’espace et le temps étaient deux données essentielles qui donnent à l’homme les dimensions de sa propre existence.

La première étude spéciale que nous avons menée dans les années 1990 nous a permis de redessiner la ville à un horizon qui se situait à l’époque en 2010. les cheminements piétons, cyclables et ceux réservés à l’automobile ont été soigneusement dessinés et hiérarchisés. La relation inter quartier à été le pilier de notre réflexion, en même temps que nous avons défini les zones à urbaniser et celles qui seraient définitivement figées au PLU. Ces zones représentent aujourd’hui 42 % d’espace vert ou agricole.

Ce travail a permis de maitriser le foncier et l’urbanisation en fonction de nos orientations politiques et des besoins de notre population en matière de logement. De telle sorte qu’aujourd’hui, les habitant bénéficient d’un parcours locatif complet sur la commune et n’ont pas besoin de s’expatrier pour trouver un logement correspondant à leur besoin. Il en découle une stabilité de la population propice a mener des actions dans la durée.

Puis nous avons travaillé sur les berges du Rhône avec un souci de préservation de la faune et la flore.

En parallèle nous avons mené un travail de fond sur la restauration municipale avec le souci de favoriser les produits issus de l’agriculture biologique et/ou raisonnée, participant en cela à la relocalisation de l’agriculture.

Nous avons favorisé la création et le fonctionnement de jardins familiaux, aboli les pesticides et autre engrais dans l’entretien de nos espaces verts. La récupération des eaux de source à été et demeure une préoccupation constante afin de les valoriser.

La réhabilitation de la gare a permis une redynamisation du transport ferroviaire et couplé à une incitation au co-voiturage permet de ralentir l’utilisation de l’automobile dan le transport domicile travail.
Lé démarche participative et le budget participatif entièrement décidé et voté par les habitants – 350 000 euros en moyenne par an – a permis de faire prendre conscience à la population des difficultés de gestion et de les responsabiliser sur la nécessité d’un ralentissement nécessaire à la sauvegarde de notre environnement mais aussi de la planète.

Cette initiative couplée avec le conseil municipal des jeunes et des interventions en milieu scolaire permet, aussi, une sensibilisation des plus jeunes à la nécessité d’une prise en compte permanente de notre environnement.

Il reste encore beaucoup à faire et les contraintes budgétaires sont un véritable handicap pour avancer, notamment dans le domaine des énergies plus soucieuses de l’avenir de notre planète. Je veux parler du chauffage solaire, des constructions traditionnelles en pisé, mâchefer, bois, et autre matériaux performant.

Le domaine des transports en commun est un véritable enjeu dont les villes n’ont plus la maitrise. Des lignes de chemin de fer doivent être réouvertes pour augmenter l’offre. C’est ce pour quoi nous nous battons depuis des décennies en ce qui concerne la ligne Givors-Grigny-Gorge de loup e qui aujourd’hui s’arrête curieusement en cul de sac à 10 Km de Grigny !

Grigny s’est résolument engagé dans la démarche des villes lentes et enfonce le clou en soutenant toute les initiatives qui incitent à la décroissance.

René Balme

Maire

Le 2 mars 2010

1 Comment

  1. Libre Plume dit :

    Une ville à la campagne
    La France envahie par un capitalisme débridé…

    Toute ?

    Non ! Un village résiste ! Prenez votre loupe …. Vous voyez ? …

    Tiens, je ne savais qu’il avait migré de Bretagne en Rhône Alpes..

    Qui ?

    Le village d’Armorique qui résiste envers et contre tout à l’envahisseur ! Le village de GRIGNIX !

    Les Romains, leurs ennemis ? mais non, juste les hordes de financiers venus des Amériques, pays des “glougous”…

    Leur potion magique ? . Un zeste de courage, Une louche d’humanité et Une pincée de ténacité… Parfois leur druide y rajoute une goutte d’essence de muguet de 1er mai, il dit que ça donne un peu de goût !

    Ici on n’arrache pas les arbres, l’Idéfix local peut être tranquille, et même on préserve la campagne autour du village !

    Même les producteurs de cervoise des côteaux alentours ont reconnu que dans ce village on savait apprécier leur production naturelle …

    Le Barde pince les cordes de sa lyre sans crainte, le druide profite de la médiathèque locale sans vergogne. La culture est reine ! Son seul souci ? il faut qu’il la partage avec 2500 villageois …

    Parfois ils utilisent encore leurs serpes pour couper les herbes folles de mauvais druides qui se prennent pour les rois du monde… les prétentieux qui croient pouvoir remplacer la nature et créer de nouvelles plantes ! (OGM qu’ils les appellent) . Ils ont même organisé la grande rencontre des champions de la serpe d’or une année !

    Leur chef a enfin trouvé un équilibre sur son bouclier… oui, l’équilibre de la participation de tous à l’élaboration d’un village responsable… bon, il faut dire que les guerriers – aujourd’hui appelés conseillers municipaux – se sont entrainés …

    Allez, qu’ils résistent ces intrépides villageois, qu’ils résistent…

    Clin d’oeil de Libre Plume !