Le service public

Il aura fallu trois ans au gouvernement Raffarin pour réaliser ce que Margaret Thatcher avait mis dix ans à mettre en oeuvre. Si l’on peut dire que la
droite française a tiré toutes les leçons des obstacles rencontrés, à l’époque, pour libéraliser l’ensemble des services publics britanniques, il y a
lieu de constater que, ni la gauche, ni les syndicats ouvriers n’ont su anticiper et faire face à l’ampleur du massacre. Et pour s’être laissé entraîner
essentiellement sur le terrain des revendications catégorielles, au détriment de l’action nationale, le bilan est très lourd et la déception immense.

La division, c’est le bras armé du capital. Le mécontentement
est un fond de commerce comme un autre que certains se sont
appropriés, portés par la vague altermondialiste, tout en se
défendant de faire de la politique. Résultat : les syndicats se
vident et Sellière compte ses points.

TROP DE FONCTIONNAIRES

Cette rengaine que nous servent
Raffarin et Sellière, semble de
moins en moins faire recette.
Chacun, à son niveau, fait la douloureuse
expérience du résultat de
baisse des effectifs dans la fonction
publique. Moins de fonctionnaires,
c’est moins de services rendus,
moins de proximité dans les administrations.
C’est plus de répondeurs
vocaux, des attentes
interminables aux guichets de La
Poste, de l’ANPE, de la Sécu, etc.
Et c’est, aussi, des services qui ne
sont plus rendus ou partiellement.
Sur Grigny, un exemple concret est
le retard accumulé par la DDE
pour l’instruction des permis de
construire, c’est la diminution du
nombre d’enseignants et de surveillants
au collège, c’est la limitation
du nombre d’enfants en
maternelle, c’est la suppression des
emplois jeunes, etc.

LES CONSÉQUENCES

Diminuer les fonctionnaires
c’est diminuer les services rendus
au plus grand nombre et c’est pousser
les usagers vers le secteur privé
pour les amener à payer au prix fort
la prestation, c’est encourager le
secteur privé à se positionner sur des
services qui doivent rester de la
compétence de la collectivité soit
parce qu’ils correspondent à un
souci de traitement égalitaire : la
distribution du courrier, la livraison
du courant électrique ; soit parce
que les usagers ou les citoyens l’ont
décidé, dans le cadre d’un programme
municpal notamment.

PUBLIC PLUS CHER QUE PRIVÉ?

A force de marteler que les fonctionnaires
seraient, par définition,
des fainéants doublés de grévistes
chroniques, l’idée a fait son chemin.
Chacun est donc persuadé que
le passage d’un service au privé va
lui donner une efficacité plus
grande au service des usagers.
C’est oublier que l’unique raison
d’exister du privé est de réaliser des
bénéfices pour nourrir ses actionnaires.
Pour y arriver il emploiera
trois moyens efficaces : suppression
d’emplois, augmentation des tarifs,
diminution du service offert et de la
maintenance de son patrimoine.
L’exemple des chemins de fer britannique
est le cas d’école le plus généralement
cité : l’Etat britannique a
été obligé de reprendre une partie
du réseau ferré qui était dans un tel
état de délabrement qu’il devenait
dangereux pour les usager. Le privé
ne coûte donc pas moins cher à la
société, donc au contribuable, bien
au contraire, puisqu’il génère du
chômage et des coûts induits
importants pour la société.

UNE STRATÉGIE BIEN PENSÉE

Le trio Sellière-Raffarin-Chirac
met en oeuvre une politique de privatisation
pensée et préparée par les
pouvoirs successifs depuis très longtemps.
Il y a à droite comme chez
les sociaux-démocrates une obsession
constante à mettre la chose
politique au service des grands
groupes et des multinationales, soit
en leur offrant les unes après les
autres les grandes entreprises
publiques, soit en démantelant les
services publics essentiels pour
générer la pénurie et permettre à la
sphère privée de se positionner sur
des marchés juteux. Ainsi se crée un
monde à deux vitesses où les plus
riches peuvent avoir accès, en
payant le prix fort, à certains services
tandis que les pauvres ou les
moins fortunés doivent se contenter
d’une offre de services obsolette ou
se serrer la ceinture. C’est le cas des
hôpitaux, notamment, avec la
pénurie organisée d’infirmières et
de personnel ; c’est malheureusement
le cas dans l’éducation nationale
avec des classes surchargées,
un manque chronique de moyens,
de professeurs et de surveillants qui
conduisent à des situations de plus
en plus tendues. C’est le cas dans les
transports en commun où l’offre est
loin de correspondre à l’attente de
la population (voir page 2).
Le problème, et qui risque d’en
faire réagir plus d’un, c’est que les
classes moyennes commencent a
être touchées et réalisent que ça
n’arrive pas qu’aux autres!

Comments are closed.